Histoire du sous-titrage adapté

L’apparition du sous-titrage est intimement liée à la naissance et à l’évolution du cinéma ; et c’est dans le passage du muet au parlant que l’on trouve l’origine de la traduction audiovisuelle (sous-titrage, doublage, etc.)

A l’époque du cinéma muet, l’image et le support écrit étaient les seules sources d’information pour le spectateur. L’action, les gestes et mimiques des acteurs étaient complétés par des cartons insérés entre deux plans, ce qui permettait de compenser l’absence de son et de dialogues audibles. Ces cartons imprimés étaient appelés "titres" car il s’agissait au départ des titres des scènes et des séquences du film. Ce système avait été emprunté aux pièces de théâtre et aux spectacles de music-hall.

Les films muets s’allongeant, les "titres" étaient utilisés pour tout type d’information écrite : les dialogues ou les commentaires narratifs. Ces "titres", "intertitres" ou "cartons" peuvent donc s’entendre comme étant les précurseurs du sous-titrage dans les films parlants.

Avec le cinéma parlant se pose la question de la transmission des informations sonores

Dans les années 20, le cinéma bénéficiait du prestige et du mythe du langage universel puisqu’il n’y avait aucune barrière de langue pour une compréhension internationale. Entre 1913 et 1929, le texte écrit n’était donc que rarement utilisé par les plus grands partisans de ce langage "idéal". Mais avec l’arrivée des films parlants, cette vision largement répandue du cinéma devait rapidement disparaître au profit d’une vision totalement différente qui englobait tous les supports de communication et conférait au discours un rôle majeur dans les films.

Les films muets s’exportaient facilement, puisque seulement les "titres" devaient être traduits. Après plusieurs échecs, le cinéma parlant devint finalement une technique fiable (The Jazz Singer, en 1927, représentant symboliquement sa naissance et son premier succès public mondial). L’enthousiasme fut rapidement suivi et contrebalancé par la réalité du problème linguistique : le cinéma, jusque-là considéré comme un moyen de communication universel et idéal, un vecteur de sens parfait grâce au pouvoir évocateur des images, était confronté aux barrières culturelles et linguistiques apparues avec les films parlants. Paradoxalement, le son augmentait le réalisme et l’expressivité des films, mais révélait ses limites quant à la compréhension verbale.

Le problème linguistique fut en partie résolu avec le système des versions multiples, apparues au début des années 30 avec les premiers westerns américains parlants, principalement destinés au marché européen. La suprématie de l’industrie cinématographique américaine était ainsi maintenue grâce à ce processus. Le principe des versions multiples est simple : un scénario était joué dans autant de langues que le réalisateur du film, le producteur ou la société de production le souhaitaient. Le film pouvait alors atteindre un plus large public, un public international, en dépassant les barrières linguistiques. Mais cette méthode avait ses limites : les studios tournaient jour et nuit, étaient envahis d’acteurs étrangers et le travail s’accumulait. De plus, ce processus était long et coûteux.

Le sous-titrage : un outil de transmission universel

Contrairement au doublage, le choix du sous-titrage exige de la part du spectateur un intérêt particulier pour ce type de traduction, certaines compétences (lecture, culture, etc.), et une participation active à la compréhension du film. Bien que le sous-titrage demeure alors souvent une option secondaire pour le public, il s’est avéré être un moyen efficace de transfert linguistique. Il est donc largement utilisé et devient la norme dans les festivals, les évènements culturels, ou lorsque le doublage d’un film se révèle trop cher ou superflu.

La traduction audiovisuelle (sous-titrage et doublage) a donc suivi de près l’essor du cinéma parlant afin que celui-ci puisse toucher un public le plus large possible.

Mais le sous-titrage ne se cantonne pas à la traduction. Il est également utilisé au service des spectateurs sourds ou malentendants, notamment, mais peut constituer aussi un support pédagogique aux apprenants d’une langue étrangère, ou un outil de transmission de l’information dans des contextes ne permettant pas la diffusion du son. Il ne s’agit alors plus du sous-titrage interlinguistique (2 langues), mais d’un sous-titrage intralinguistique (1 langue), dont les paramètres et les difficultés sont quasi-identiques, et pourtant mal connus.

Quid du sous-titrage pour les sourds et les malentendants ?

La télévision permet l’essor du sous-titrage pour les sourds et les malentendants

Le désir de rendre accessibles les programmes au public déficient auditif a été présent dès les débuts du cinéma parlant. Mais ce type de sous-titrage est resté limité jusqu’à l’avènement de la télévision qui a permis son essor avec le développement de techniques telles que le système de télétexte Ceefax et Oracle au Royaume-Uni ou Antiope en France.

A la fin des années 40, Emerson Romero, sourd et acteur à l’époque du cinéma muet, tenta d’adapter de vieux films pour le public sourd. Il utilisa les techniques du muet en insérant entre les plans des cartons affichant les dialogues. Les images et le texte s’alternaient mais ne coexistaient pas.

Apparition du télétexte

Aux Etats-Unis, dans les années 50, émergea le sous-titrage pour les sourds et malentendants dans un but éducatif. Il était au départ directement incrusté sur la pellicule du film : « le sous-titrage ouvert ». Puis le phénomène prenant de l’ampleur, le système de sous-titrage optionnel, affiché à la demande via le système de télétexte, se généralisa : c'est le sous-titrage fermé ou "closed captioning". En 1972, fut diffusé pour la 1re fois à la télévision américaine un programme sous-titré pour les sourds et les malentendants sur la fameuse "ligne 21". En 1982, le sous-titrage du direct faisait son apparition.

En Europe, le but premier du sous-titrage était de permettre au public non anglophone de comprendre les productions de Hollywood. Le public sourd et malentendant put alors suivre les œuvres étrangères sous-titrées, bien que ce type de sous-titrage ne réponde pas spécifiquement à ses besoins puisque nombre des informations sonores n’étaient pas alors retransmises.

Dans les années 70, les demandes des déficients auditifs commencent à être prises en compte. Au Royaume-Uni, le sous-titrage télétexte est mis en place à leur intention. Diffusé également en "fermé", ce système issu des systèmes Ceefax(ou Teledata), créé en 1972, et Oracle, se généralisa sur les chaînes de télévision en 1976.

Parallèlement, en France, le système Antiope (Acquisition Numérique et Télévisualisation d’Image Organisées en Pages d’Ecriture) fut créé en 1976 mais fut abandonné pour être remplacé par la norme européenne Ceefax le 1er janvier 1995. En effet, le système britannique Ceefax a servi de base à l'établissement de la norme européenne CEPT1. Tous les pays européens exploitent la même norme, dérivée du CEPT1 : le World System Teletext (WST), plus connu sous le nom de Télétexte européen. La version actuelle du WST estWorld System B.

Le sous-titrage télétexte fait sa première apparition sur Antenne 2 (France 2 aujourd’hui) le 1er novembre 1983, sur France 3 et TF1 en 1984, sur Canal + en 1994, et sur Arte en 1998.

En France, le sous-titrage à destination des sourds et des malentendants devient une obligation pour la télévision.

Grâce aux associations de sourds et de malentendants réclamant pour leurs membres le droit de participer à la vie publique et sociale au même titre que tous les citoyens français, le sous-titrage pour les sourds et les malentendants devient une obligation inscrite aux cahiers des charges des chaînes publiques depuis1984. Mais c’est seulement avec la loi du 1er août 2000 que le sous-titrage pour sourds et malentendants (SM) est devenu une obligation pour les chaînes hertziennes.

La loi du 11 février 2005, quant à elle, prévoit que "dans un délai maximum de cinq ans, les chaînes dont l'audience moyenne annuelle dépasse 2,5% de l'audience totale des services de télévision devront rendre la totalitéde leurs programmes accessibles aux personnes sourdes et malentendantes à l'exception des messages publicitaires."

Une victoire pour le public sourd et malentendant, mais une victoire aussi pour tous ceux qui sont soucieux de pouvoir partager, sans aucune discrimination, les outils de notre vie sociale, citoyenne et culturelle.